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par hantu

Impressions sur « Arboretum »  au théâtre de la Resserre Paris, le 26/10/2018.

(Nadine Donati)

L’entrée solennelle des couples, avec lenteur et dans un grand silence, augure bien de la suite, ceci nous invite d’entrée de jeu, au recueillement.
Notre regard vers chaque binôme singulier, porte à l’observation sagace de chacun d’entre eux. Le parcours visuel du spectateur s’affine en fonction de la progression de la cérémonie. Tous ces gestes bienveillants apportés au gisant par l’autre intervenant, ne demandent qu’à être scrutés, accompagnés à distance et font même jusqu’à nous porter fictivement sur le plateau.
Tout cela nous parle d’amour, d’empathie, de soins, d’accompagnement et de notre inclusion dans le cycle du vivant. Soit, ces gestes font écho à des moments vécus, similaires, soit, ils nous projettent dans une situation que nous connaîtrons tôt ou tard. Rien de triste, de funeste dans tout cela, mais simplement un memento mori, doublé d’une belle leçon d’humanité et d’un rapport au monde respectueux.
Les binômes interviennent chacun à leur manière, et selon leur sensibilité, vont nous faire rentrer en résonnance. La fin de la performance où les spectateurs étaient invités à sortir, du fait de la configuration spatiale, apportait une proximité charnelle très émouvante.
Chaque prestation sera certainement différente compte-tenu des intervenants, de l’espace, du moment, du climat émanant de la salle, comme tout spectacle évidemment.
Cette manifestation donne vie à une œuvre de laquelle se dégage une éthique où la nature est omniprésente et où il faut ‘’résister à la technicisation de la société et de l’intimité’’ comme le dit Jacques Testart.

Une question a été soulevée concernant une possible intervention dans la nature domestiquée, un jardin, un parc etc…
La réponse qui acquiesçait à cette idée et pourquoi pas, pose tout de même en retour, la question de la réception par le public. De mon point de vue, il ne doit pas être distrait par l’environnement immédiat. Le recueillement nécessaire suppose un lieu clos à l’image de ce moment particulier et doit être en osmose avec notre intériorité.

 

Orchestrer une performance collective …c’est penser un lieu, un cadre pour des corps en présence et en mouvement, c’est proposer un canevas général que chacun puisse organiser son action. C’est, pour le dire autrement, une tentative de prendre en charge la gestion poétique d’un temps et d’un espace partagés pour que les performers puissent s’abandonner à l’expérience de la présence.

 

deuxmusesaumusée est la première performance collective organisée par Pascale Weber en 2002. Dans les années 60, les membres de Fluxus ont revendiqué un art qui se confondrait avec la vie, ni planifié, ni destiné au temple muséal traditionnel. En 2002, Fluxus est exposé de la manière la plus classique qui soit (vitrine, archives, parcours déambulatoire) au Musée d’Art Contemporain de Lyon (L’art et la vie confondus). Pascale Weber conduit alors deux jeunes-femmes qui lui demandent en quoi consiste l’art-performance dans un musée d’art contemporain. Dans les toilettes du musée elle leur demande de revêtir un vêtement qu’elle a conçu pour chacune d’elles (des combinaisons en drap blanc ajourées) et les invite ensuite à déambuler dans l’ exposition sur Kaprow (l’art et la vie confondus) en inventant une danse clandestine. Elle demande aux spectateurs qui s’attroupent de suivre les performeuses le plus discrètement possible et doit convaincre les gardiens de les laisser évoluer dans l’espace.

En Résidence d’artiste à la Maison du Peuple de St-Claude (39) de janvier à décembre 2007, Pascale Weber et Jean Delsaux réalisent l’installation multimédia Quatre objets sonores pour un arrangement fraternel et organisent dans cet environnement une performance collective avec les musiciens du Collectif Home Work : Le complexe fraternel.

En 2012, Hantu (Weber+Delsaux) constitue la Crew wdbw avec Pavelsky, Ludivine Vérin, Lucie B., Egide et réalisent une petite dizaine de performances dans le Nord de la France sur des chantiers, des terrils, en forêt…  Le groupe s’organise chaque fois sans aucun échange de parole.

En 2016, Hantu propose une performance-lecture dansée autour de l’Attachement, Place de la Chapelle (Paris)En contact avec le collectif parisien pour la protection des mineurs et jeunes isolés étrangers, Pascale Weber et Jean Delsaux accompagnés par un groupe « improvisé » de performers et d’étudiants en art (Alessandro Stella, J-Claude Goldschmit, Abelle De France, Simona Polvani, Manon Burg, Lina Do Carmo, Eun Young Lee, Fulya Poyraz, Ilona Contamain, Constantin Von Rosenschild, Max Kaario, Valentin Pirollo, Maria Clark…) souhaitent témoigner de la nécessité pour toute personne qui se construit, qui s’invente et qui se souvient, de son attachement à un territoire, réel ou symbolique. Cette performance collective se veut un témoignage de notre besoin vital d’être en lien, de faire corps. (projet présenté à Radio debout).

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